Les conseils de Pascale Tachot pour un travail efficace
Comment optimiser son temps ?
« Je n’aurai pas le temps, pas le temps… » disait la chanson.
De fait, nous disposons de moins en moins de temps. Si la pratique instrumentale est incompressible, comment gagner du temps ?
Bien avant le manque d’eau, de pétrole, de métaux, l’homme sera confronté (si ce n’est déjà fait) au manque de temps. Si certaines machines, outils ou technologies peuvent nous aider à réaliser une partie de nos tâches plus rapidement, d’autres activités directement dépendantes des ressources humaines, comme la musique, ne pourront probablement jamais aboutir sans le temps nécessaire à la réalisation.
La question du manque de temps est d’ores et déjà une question au centre de la pratique musicale, que ce soit lors de l’apprentissage de la musique, pour les faibles ou les hauts niveaux, pour la pratique amateur ou professionnelle, nombre de musiciens contemporains se demandent comment optimiser le temps dont ils disposent pour leur pratique musicale dans un monde socialement de plus en plus « chronophage ».
En quoi consiste notre pratique instrumentale ?
Notre pratique instrumentale peut se subdiviser en 4 actions essentielles :
- l’interprétation (analyse, compréhension, lecture…) du texte musical,
- la mémorisation,
- l’entraînement physique,
- la création d’automatismes mentaux et corporels.
Ces 4 actions s’effectuent le plus souvent conjointement : quand nous travaillons une œuvre directement à l’instrument, nous entraînons nos ressources physiques, nous créons et mémorisons des automatismes tout en affinant notre interprétation et notre conception musicale. Pourtant, si l’on considère ces actions isolément, on peut se rendre compte que certaines d’entre elles sont incompressibles en termes de temps alors que d’autres peuvent faire l’objet d’un gain sensible.
Le temps indispensable en savoir plus
La partie du travail instrumental directement liée au corporel et à l’acquisition des automatismes est la partie non négociable du temps que nous devons passer à l’instrument. Selon l’instrument que nous jouons, nous devons en permanence entraîner notre corps comme un sportif, c’est-à-dire le muscler, le tonifier, l’assouplir ; en deçà d’un certain temps d’entraînement, le corps ne sera plus en mesure de répondre comme nous le souhaiterions. Ce temps-là – qui est néanmoins légèrement variable d’un individu à l’autre – est un temps journalier que l’on ne peut en aucune manière diminuer sans mettre en cause notre savoir-faire.
Un autre aspect de la pratique instrumentale concerne des automatismes gestuels digitaux, posturaux, de pensées, de mémorisation. Ces derniers s’acquièrent uniquement par la répétition : entre le moment où l’on sait faire quelque chose grâce à une pensée attentive et consciente et le moment où ce que nous jouons peut s’effectuer automatiquement, et avec une attention minimale, un certain nombre de répétitions sont nécessaires ; et qui dit répétition dit un certain temps passé à l’instrument, que l’on ne peut écourter tant que les automatismes ne sont pas solidement acquis.
Néanmoins, la qualité de la concentration peut être un facteur non négligeable pour favoriser l’entraînement physique et la création d’automatismes. Si l’on est complètement disponible à ce que l’on est en train de faire, sans idée parasite, sans distraction de tout ordre, l’assimilation se fait beaucoup plus efficacement et donc plus rapidement que si l’on aborde cet aspect du travail instrumental avec un esprit vagabond et distrait.
Le gain de temps
Si nous ne pouvons être des surhommes et demander à notre esprit et à notre corps d’assimiler plus de choses qu’il ne le peut dans un rythme qui n’est pas le sien, nous pouvons faire en sorte d’être plus efficaces dans la méthodologie que nous employons pour apprendre et créer des automatismes corporels et mentaux.
La manière dont nous nous préparons à jouer est fondamentale pour apprendre « vite et bien ». Plus notre préparation est précise, plus nous nous faisons une idée exacte, avant même de nous mettre à l’instrument, de la façon dont nous voulons aborder et jouer une œuvre (en nous aidant de notions d’analyse, de style, d’écoute intérieure, d’imaginaire sonore, de parcours expressif, etc ..), plus notre travail à l’instrument se fera de manière rapide et efficace. Tel un chef d’orchestre qui prépare ses partitions avant de diriger face aux musiciens, plus nous connaissons le résultat musical que nous voulons obtenir, plus nous pouvons mobiliser efficacement nos moyens physiques et mentaux pour arriver à sa réalisation. Le travail d’interprétation, d’analyse, de pré-écoute de l’œuvre peut se faire hors instrument, ce qui préserve d’autant le temps dont on dispose pour la pratique pure.
D’une certaine manière, on pourrait dire que ce n’est pas le fait de jouer qui doit nous aider à développer notre conception d’une œuvre, car il peut en résulter de nombreux tâtonnements et la mise en place d’automatismes pas toujours utiles pouvant entraîner une grande perte de temps, on doit jouer pour vérifier, tester une interprétation, une pensée musicale et pour entraîner son corps à le réaliser.
Enfin, plus la préparation sera précise, plus la mémoire sera stimulée et efficace car seront créés de nombreux points de repère et développé un apprentissage multisensoriel qui est indispensable à toute bonne mémorisation.
Au-delà des peurs et des faiblesses
Je ne pourrais finir sans évoquer le travail qui peut être fait pour pallier des manques ou des peurs. Quand on a des moyens techniques sains et que l’on a confiance en ce que l’on peut faire, on travaille exactement le temps dont on a besoin pour assimiler ce que nous voulons jouer ; le travail apporte alors des progrès constants.
Si l’on manque de confiance en soi ou en ses moyens, que les moyens techniques possèdent des failles significatives, une partie du travail sera alors consacrée à endiguer ces manques ou à masquer ces peurs. Cela se traduira par un travail supplémentaire, excessif, qui n’entraînera pas nécessairement les progrès que l’on pourrait espérer pour le temps investi !
Le temps de l’homme
Malgré les progrès de la science et les progrès techniques, nous ne pouvons demander aux musiciens que nous sommes d’apprendre plus de notes en passant moins de temps à l’instrument. Cela tient au fait que l’homme qui a fait évoluer le monde qui l’entoure, n’a lui-même pas évolué : son physique, ses neurones sont les mêmes depuis des siècles ! mais si nous apprenons à utiliser toujours plus justement et respectueusement nos ressources, notre capacité à apprendre, à mémoriser ou à créer des automatismes corporels et cognitifs, nous pouvons alors décupler notre potentiel et gagner un temps précieux pour être toujours en ouverture avec le monde qui nous entoure et faire que notre art ait toujours une place de choix dans notre monde contemporain.
A vous maintenant de vous faire plaisir et de vous en donner les moyens !! Il est important de revaloriser votre temps et d’optimiser la perception du moment présent car l’art musical se meut dans ces deux éléments. Il s’agit en effet d’un art qui s’écoule dans le temps et se vit dans le moment de sa pratique et de sa perception.
A vous de jouer maintenant !

